La maladie hollandaise c’est la malédiction des pays qui découvrent l’existence de ressources naturelles pouvant être exploitées de façon importante et qui se retrouvent dépendants de leurs seules matières premières.
L’Algérie en quelques chiffres :
- 1er producteur de gaz et 3ème producteur de pétrole du continent Africain
- Sous-sol extrêmement riche
- Pays vaste et terre très fertile
En Afrique, Algérie rime avec PétroEtat et la matière première principale de l’Algérie sont les hydrocarbures.
Afin de déterminer si l’Algérie est dépendante de ses hydrocarbures, nous allons observer si la fluctuation des prix du pétrole a un effet ou une incidence sur l’économie algérienne ?

Ces données nous indiquent que le solde de la balance des paiements chute lorsque le cours du pétrole chute. Il semble donc exister un lien de causalité entre ces 2 agrégats.
En observant la balance des paiements de l’Algérie entre 2012 et 2016, il est possible d’affirmer que l’économie algérienne est une économie mono-exportatrice. On peut logiquement en conclure que la balance commerciale de l’Algérie reste fortement tributaire des revenus provenant de la vente du pétrole et du gaz qui constituent à eux seuls environ 95% du volume global des exportations et donc que l’économie algérienne est une économie strictement rentière, dépendante de la rente énergétique qui représente la première ressource économique du pays.
Cependant, les revenus de la manne pétrolière, judicieusement utilisés devraient permettre au pays de se développer de manière perenne. Cependant la réalité est différente.
L’Algérie est une économie rentière mais a t-elle pour autant les symptômes de la maladie hollandaise de Corden ?
Un boom sectoriel entraîne, selon la théorie de la maladie hollandaise, deux principaux effets réels : Un« effet dépense » et un « effet mouvement des ressources ».
Effet mouvement des ressources
L’effet mouvement des ressources se met en place lorsqu’une hausse de la demande étrangère dans le secteur exportateur de ressources naturelles entraîne une hausse de la production, induisant la hausse de la demande de facteur travail dans ce secteur et, par conséquent, celle du niveau des salaires réels.
Conséquences de l’effet mouvement des ressources :
Désindustrialisation directe : Le facteur travail se déplace ce qui entraine un transfert de main d’œuvre des autres secteurs de l’économie vers le secteur en expansion. Le secteur des hydrocarbures requiert une main d’œuvre limité, la main d’œuvre excédentaire se tourne donc vers le secteur des services, comme nous pouvons le voir sur le graphique ci-dessous.
Diminution de l’offre des secteurs de biens et services non échangeables et des biens hors ressources naturelles.
Dans la structure des exportations algériennes, les hydrocarbures continuent à représenter l’essentiel des ventes à l’étranger avec une pârt de 96% du volume global des exportations. Quand aux exportations « hors hydrocarbures », elles demeurent toujours marginales avec seulement 4% du volume global des exportations Dont seulement 0,01% de biens d’équipements industriels.
C’est à dire que l’Algérie n’a pas de biens industriels à exporter et qu’elle n’investit pas dans son industrie. Cette analyses confirme un transfert de main d’œuvre et un recul considérable de l’industrie ce qui valide donc un des symptôme de la maladie hollandaise.
Effet dépense
L’excès de demande de ces biens suscite la hausse de leur prix et cette inflation va alors handicaper les exportations du pays en biens et services et favoriser l’importation de biens et services étrangers, provoquant une désindustrialisation indirecte. L’économie devient ainsi fortement polarisée, au bénéfice du secteur rentier.
Le premier point de l’effet dépense correspond au fait qu’un Boom dans le secteur des ressources naturelles entraîne une hausse généralisée des revenus, d’où un accroissement de la demande de biens ce qui entraîne un fort excédent commercial, Automatiquement, les entreprises exportatrices des autres secteurs se retrouvent en difficulté. Ces derniers voit donc leur production diminuer et le coût du travail en termes de biens échangeables augmenter.
Si le secteur des biens échangeables est le secteur manufacturier l’effet de dépense induit une désindustrialisation indirecte : le prix de leurs exportations augmentant, les acheteurs étrangers se détournent de ces produits (Cf Tableau). Notons aussi que, le supplément de demande de biens échangeables ne peut être satisfait par la production locale. D’où le recours à l’importation ; ce qui entraînera une augmentation des importations nettes de biens échangeables.
En Algérie, un« effet dépense » se produit : L’épargne des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelle est directement dépensé par les titulaires, ou par l’État.
Globalement, l’Algérie dépense dans la quasi totalité sont surcroit de revenus issus du secteur des hydrocarbures afin de couvrir les dépenses publiques en négligeant l’investissement dans la production de richesses nouvelles.
En plus du déclin du secteur industriel(Cf Tableau 1), principal symptôme de la maladie hollandaise, l’économie algérienne présente presque tous les symptômes de la maladie hollandaise. Excepté le taux de change effectif réel qui, durant cette période de boom économique, au lieu d’augmenter, a diminué alors même que les termes de l’échange n’ont cessé de croître. Cela est du à la politique de change de l’Algérie. On aurait certainement assisté,si l’on était en présence d’une situation où la détermination du taux de change était laissée au libre jeu des forces du marché , à une augmentation du taux de change effectif réel.
Conséquences et implications de la maladie hollandaise sur l’Algérie
- Conséquences des contre-chocs pétrolier de 1986 et 2014
Les hydrocarbures assurent 95 % des rentrées en devises d’Alger et La fiscalité pétrolière supporte 60 % du budget de l’État. Le pétrole et les hydrocarbures sont donc le cœur de l’économie algérienne. Mais ne dépendre que de la rente pétrolière représente un danger car le marché du pétrole est caractérisé par une instabilité imprévisible ce qui peut engendrer de grands déséquilibres L’Algérie s’est exposé à l’assèchement de ses finances publiques et à l’effondrement de son économie en raison de sa défaillance structurelle, liée à cette trop grande dépendance. Le pays vit mal le choc pétrolier de 1986 : Alger avait mis une bonne décennie à se remettre de cette crise qui avait accru son endettement, l’avait obligé à recourir au FMI et n’avait pas été totalement étrangère à l’explosion de colère des jeunes. Ce qui a dévoilé au grand jour, la dépendance et la fragilité d’un système construit sur la seule performance du secteur des hydrocarbures ainsi que l’incapacité du pays à mettre en place une industrialisation compétitive au niveau international .
Alors que le pays a montré des signes d’amélioration en mettant en place des mesures afin de diversifier son économie, dés le milieu des années 2000, les bonnes résolutions économiques se sont envolées lorsque le baril a repris son envol. En apparence, la situation financière du pays s’est nettement améliorée. Ce qui a définitivement ligaturé les mesures et les reformes. De ce fait, en 2014, la structure de l’économie algérienne restait fortement dépendante des importations sans pouvoir sortir de la malédiction de la mono-exportation. Aujourd’hui encore, 95% de ses recettes proviennent du gaz et du pétrole. En 2015, le pays doit redresser sa balance commerciale déficitaire. Mais il dispose d’une marge de manœuvre assez limitée à court terme. La balance des paiements se détériore et les réserves de change commencent à s’épuiser.
Face à la crise, le pays table sur des mesures visant à lui assurer la diversification de son économie et la réduction de sa trop grande dépendance. Mais le gouvernement sera t’il en mesure de maintenir ses réformes ?
- Déclin Balance commerciale agroalimentaire
Dans les années 40, grand exportateurs de produits alimentaires, avait une balance commerciale agroalimentaire excédentaire. Cependant, les facilités apportées par la manne pétrolière ont fait de l’agriculture le parent pauvre de l’économie, bien qu’elle représente 12 % du PIB et emploie 21 % de la population active.
En effet, la balance commerciale agroalimentaire de l’Algérie est fortement déficitaire : 7,6 milliards d’euros en 2013. L’Algérie n’est jamais parvenue à atteindre l’autosuffisance alimentaire en raison de choix économiques catastrophiques au lendemain de l’indépendance, qui ont sacrifié son agriculture, au profit d’une politique du développement des hydrocarbures. faiblesse des investissements, infrastructures déficientes, manque de formation des ressources humaines Le potentiel est pourtant considérable, la surface agricole exploitée ne couvre que le cinquième de la surface agricole totale.
Aujourd’hui, presque tout ce que les Algériens consomment provient de Chine, d’Europe ou du Golfe, y compris les dattes, la semoule ou les oranges.
C’est le plus gros importateur mondial de blé par habitant (160 kg/habitant.)Il importe aussi des quantités importantes de lait, des huiles, du sucre, des matières premières importantes vitales et nécessaires pour la consommation des habitants.
Face a ce constat, de nombreuses mesures ont été prise afin de moderniser, mécaniser et restructurer les terres cultivables mais le développement de l’agro-industrie mais ce n’est toujours pas une priorité pour l’Algérie. Pourtant, outre la sécurité alimentaire, investir dans la refonde de l’agriculture permettrait d’atteindre l’autosuffisance et de réduire le déficit courant de l’Algérie.
Conclusion
La malédiction des ressources naturelles est due à leurs effets sur les institutions politiques du pays. L’abondance de ressources naturelles créée des conditions propices à la corruption et au gaspillage. Ce sont ces dernières qui causent un effet négatif sur la croissance et non pas les ressources naturelles en tant que telles. L’impact négatif de la rente pétrolière sur la croissance à long terme réside justement dans le fait qu’elle empêche que ces sources de croissance n’apparaissent, notamment dans le secteur industriel. Le rôle de l’Etat, dans ces conditions, est de veiller à ce que l’allocation des ressources profite davantage aux secteurs productifs, et plus particulièrement au secteur manufacturier.
Quelques solutions envisageables :
- Diversification de l’économie sur le long terme pour assurer une croissance durable
- Rechercher des énergies alternatives et renouvelables pour faire face à l’après pétrole
- Plan de financement non conventionnel = injection massive de liquidités dans le système financier


